• ANNICK DE SOUZENELLE
    ANNICK DE SOUZENELLE
  • ANNICK DE SOUZENELLE
    Ecrivain d'inspiration jungienne car ses écrits s'inscrivent et s'inspirent de la psychologie jungienne, mieux nommée psychologie analytique.
  • ANNICK DE SOUZENELLE
    Après des études de mathématiques, Annick de Souzenelle a longtemps été infirmière anesthésiste, puis psychothérapeute.
    Anciennement catholique, elle se reconvertit à la religion orthodoxe, et apprend la théologie, ainsi que l'hébreu.
  • ANNICK DE SOUZENELLE
    Elle poursuit depuis une trentaine d'années un chemin spirituel d'essence judéo-chrétienne, ouvert aux autres traditions.
    Elle est l'auteur de nombreux ouvrages de spiritualité.
  • ANNICK DE SOUZENELLE
    Sa recherche s'inspire de la spiritualité cabaliste.
Les ouvrages d'Annick de Souzenelle

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"Le Symbolisme du Corps Humain" édité en 1991 jusqu'au dernier "Le livre des guérisons" paru en Mai 2017 :

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L'Alliance oubliée - la Bible revisitée

Monument littéraire, socle de notre civilisation, livre saint pour les juifs et les chrétiens, la Bible pourtant ne "parle" ; plus à nombre de nos contemporains.
On continue, certes, de s'y référer pour expliquer tel pan de notre histoire, à la lire avec curiosité comme une formidable fresque romanesque, à y chercher des références culturelles.
Mais hormis les croyants les plus fervents, de moins en moins d'Européens y trouvent une véritable nourriture spirituelle.
A l'exception des Evangiles - les récits de la vie de Jésus et ses paroles - qui conservent pour beaucoup de chrétiens une étonnante modernité, la plupart des Livres saints apparaissent lointains et peu crédibles aux lecteurs d'aujourd'hui.
Combien de fois ai-je entendu, au cours de mes enquêtes sociologiques auprès d’Occidentaux d’origine juive ou chrétienne et séduits par les spiritualités orientales, que les mots de la Bible étaient "usés", que ces histoires, aussi belles soient-elles, ressemblaient plus à des "fables pour enfants" qu’à des enseignements éthiques ou spirituels susceptibles de donner du sens à la vie.
Le Livre biblique le plus atteint par cette perte de crédibilité est sans aucun doute le premier d’entre eux, la Genèse, et particulièrement ses onze premiers chapitres qui racontent la création du monde et de l’homme, la faute d’Adam et Eve trompés par le serpent, le déluge et l’arche de Noé, et la construction de la tour de Babel.
Lu comme un récit historique des origines de l’homme et du monde, ce texte apparaît comme totalement absurde au regard de nos connaissances scientifiques et historiques actuelles.
Même son sens moral nous heurte :
comment l’humanité entière subirait-elle les conséquences de ce fameux "péché originel" de nos lointains ancêtres
- selon l’interprétation du récit de la Chute qui s’est enracinée en Occident à partir de saint Augustin ?
Et ce récit qui fait naître Eve de la côte d’Adam, même s’il est symbolique, ne sert-il pas à légitimer la supériorité et la domination de l’homme sur la femme, typiques des sociétés patriarcales ?
Non crédible sur le terrain de l’histoire, discutable sur le plan moral, sans signification spirituelle explicite susceptible de nourrir la foi des croyants, quel intérêt peut-on encore trouver à lire ces premiers chapitres de la Genèse ?
C’est précisément à cette question que tente de répondre ce livre. Annick de Souzenelle, bibliste d’origine catholique convertie à l’orthodoxie, travaille depuis plus de quarante ans à traduire et interpréter le texte biblique à partir de la langue hébraïque.
Publiés à travers une quinzaine de livres, ses travaux apportent un éclairage nouveau.
Sans tapage publicitaire, ils se sont imposés au cours des années comme de véritables "long-sellers", et redonnent à ses dizaines de milliers de lecteurs la saveur perdue du texte biblique.
Lorsque Jean Mouttapa, notre éditeur, nous a mis en contact, il y a bientôt trois ans, pour faire un livre dialogué autour des trois premiers chapitres de la Genèse, Annick de Souzenelle m’a expliqué, avec cette passion extraordinaire pour le texte biblique qui l’anime, que derrière le langage grossier du mythe se cachait un trésor :
celui d’une véritable anthropologie qu’il fallait mettre en lumière par une traduction totalement renouvelée du texte.
A travers une somme de mille cinq cents pages publiées entre 1986 et 1991 (Alliance de feu), l’auteur avait déjà livré une traduction et une interprétation très affinées du Livre de la Genèse.

Il s’agissait maintenant de reprendre les seuls trois premiers chapitres et d’expliciter plus profondément la vision de l’homme et les enseignements spirituels qu’ils véhiculent, d’en dégager ce que l’auteur appelle les "lois ontologiques".
Un peu dubitatif, mais fort intéressé par cette approche radicalement nouvelle d’un texte qui me restait assez obscur, j’acceptai avec une grande curiosité la proposition de Jean Mouttapa.
Je reviendrai plus loin sur la méthode utilisée par l’auteur, la manière dont ce livre s’est progressivement construit et les difficultés rencontrées.
Mais pour éclairer ces divers points, il est nécessaire d’évoquer, même brièvement et imparfaitement, ce qu’est la Bible et quelles sont les différentes lectures qu’on peut faire du texte biblique.
La Bible : une collection de Livres écrits à des époques différentes.
Le mot "Bible" vient du nom d’une cité phénicienne, Byblos, qui fabriquait un papyrus que les Grecs finirent par nommer du nom de la cité. On qualifia ainsi de biblos le rouleau, puis le livre, fabriqués à partir de ce papyrus.
A l’époque hellénistique, le terme pluriel de ta biblia (les livres) fut appliqué au Livre saint des juifs, en référence aux nombreux rouleaux qui le composent.
L’expression "les Livres" rend d’ailleurs bien compte de la diversité de textes qui composent les saintes Ecritures juives, puis chrétiennes.
En même temps, l’expression "la Bible", au singulier, a l’avantage d’insister sur l’unité, la cohérence organique de cet ensemble de textes, à laquelle les croyants sont attachés.
La Bible juive comme la Bible chrétienne sont des Livres institués : face à un grand nombre d’écrits de genres littéraires très variés (récits historiques, codes législatifs et ritualistes, prières, poèmes, exhortations, etc.) une autorité religieuse a fixé à un moment donné le canon définitif des Ecritures considérées comme révélées ou inspirées par Dieu.
La Bible hébraïque a été instituée en deux temps.
Vers le IVe siècle avant J.C. les cinq Livres fondamentaux de la Loi (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome) ont été fixés une fois pour toutes comme la Révélation faite par Dieu à Moïse (la Torah).
Il faudra attendre la destruction du second Temple (70 après J.C.) pour que les rabbins réunis à Yavé fixent le canon définitif des autres écrits.
La Bible hébraïque comprend depuis lors vingt-quatre Livres regroupés en trois sections :
la première section (Torah) comprend les cinq Livres de la Loi ; la deuxième section {Nebiim ou Prophètes) regroupe différents écrits prophétiques (Josué, Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, les douze «petits « prophètes) ; enfin la troisième section (Ketubim ou Ecrits) rassemble divers Livres n’appartenant pas au deux genres précédents (Psaumes, Job, Proverbes, Ruth, Cantique des cantiques, Qphelet, Lamentations, Esther, Daniel, Esdras-Néhémie, 1 et 2 Chroniques).
Mais les Ecritures juives n’ont pas été toujours limitées à ces vingt-quatre livres.

Lorsqu’elle fût traduite de l’hébreu en grec à partir du IIIe siècle avant J.C. par des juifs vivant à Alexandrie, la Bible hébraïque - qui prit le nom de "Septante" selon la légende qui veut que la traduction en ait été assurée par soixante-douze savants - comprenait au 1er siècle d’autres écrits (Tobie, Judith, Sagesse de Salomon, Maccabées, etc. ) qui ne seront pas retenus dans le canon rabbinique.
Cela ne sera pas sans incidence, puisque les premières communautés chrétiennes intégreront la traduction grecque des Septante à laquelle ils adjoindront au cours des quatre premiers siècles de l’ère chrétienne leurs propres Ecritures saintes : vie et paroles de Jésus (quatre Evangiles), Actes des apôtres, Lettres de Paul et des apôtres, Apocalypse.
L’institution des écrits chrétiens s’est en effet faite progressivement et ce n’est qu’au concile de Carthage, en 397, que le canon des Ecritures chrétiennes sera définitivement constitué, tous les textes non retenus étant considérés comme apocryphes, ce qui n’empêchera pas certains d’entre eux de continuer de circuler dans les communautés chrétiennes.
Par la suite, les chrétiens diviseront leur Bible en deux grandes sections : l’Ancien Testament (la Bible juive des Septante) et le Nouveau Testament (les écrits proprement chrétiens).
Cette terminologie encore couramment utilisée est évidemment très péjorative pour les juifs :
selon une loi historique et théologique de progrès linéaire, ils sont ainsi considérés comme le peuple témoin d’une première alliance avec Dieu (le mot «testament « signifie alliance) ancienne et périmée, tandis que l’Eglise chrétienne se considère comme le nouveau peuple élu {vers Israël, le «vrai Israël), avec lequel Dieu établit une nouvelle alliance.

Cette logique d’assimilation/dépassement aboutira en chrétienté à considérer le juif comme une aberration - il n’a plus qu’à se convertir ou disparaître - et nourrira pendant des siècles l’antijudaïsme chrétien.
Précisons enfin que la Bible chrétienne va encore évoluer au XVIe siècle avec la Réforme protestante qui instituera de nouveaux canons bibliques, adoptant notamment pour "l’Ancien Testament" le canon plus étroit de la Bible hébraïque.
La Torah : une origine incertaine.
Au sein de cette collection de textes écrits au fil des siècles par des auteurs très divers et qu’on appelle la Bible - et qui, encore une fois, possède une unité organique pour chaque groupe qui l’établit -, le seul ensemble qui fasse l’unanimité est la Torah.
Ces cinq premiers Livres de toutes les Bibles instituées sont considérés par les juifs et par les chrétiens comme la Loi dictée par Dieu à Moïse au Sinaï, au XIII ° siècle avant J.C. selon les chronologies bibliques.
Depuis la destruction du second Temple, toute la vie religieuse des juifs pieux est centrée autour de la lecture hebdomadaire des rouleaux de la Torah.
Même si les écrits chrétiens revêtent une plus grande importance à ses yeux, l’Eglise a également considéré la Torah comme révélée directement par Dieu à Moïse, lequel l’aurait ensuite consignée par écrit, comme cela est suggéré dans le verset 27 du chapitre 34 du Livre de l’Exode "Yahvé dit à Moïse :
"Mets par écrit ces paroles, car elles sont les clauses de l’alliance que je conclus avec toi et avec Israël".
Les cinq Livres de la Torah transmettent non seulement les Dix Commandements, socle de la morale juive et chrétienne, mais aussi de nombreuses prescriptions rituelles, le récit de la création de l’homme et du monde ainsi que l’histoire ancienne du peuple juif, des premiers Hébreux nomades jusqu’à l’arrivée aux portes de la Terre promise, après la sortie miraculeuse d’Egypte et la longue pérégrination du peuple hébreu dans le désert.
Ces récits ont été pris au pied de la lettre pendant de siècles et continuent de l’être par un certain nombre de juifs et de chrétiens pieux. Pourtant, cette lecture fondamentaliste est aujourd’hui insoutenable.
Depuis la Renaissance, l’essor de l’esprit critique et des connaissances historiques, linguistiques, archéologiques, sociologiques, astronomiques, géologiques, a profondément ébranlé bon nombre de certitudes tirées d’une lecture littérale de la Bible.
La révolution copernicienne, puis la théorie darwinienne de l’évolution ont rendu obsolète la vision d’un cosmos dont la terre et l’homme seraient le centre, comme celle de la création par Dieu du premier couple humain un peu moins de quatre mille ans avant J.C. selon la chronologie biblique. Les connaissances historiques et archéologiques ont également mis à mal toute l’histoire du peuple hébreu telle qu’elle est racontée dans la Torah.

Avant le IXe siècle avant J.C. on ne trouve qu’une seule mention de l’existence d’Israël dans des sources extérieures à la Bible :
Sur, une stèle commémorative, le pharaon Merneptah se vante de sa victoire :
"Israël est dévasté, sa semence n’existe plus."
Or non seulement cet épisode n’a aucun écho dans la Bible, mais surtout on ne trouve nulle mention en Egypte (ou ailleurs) du passage des Hébreux, des plaies épouvantables qui frappèrent les Egyptiens et de la sortie pour le moins spectaculaire des Hébreux.
Nulle trace historique non plus de la longue pérégrination du peuple hébreu pendant quarante années, ni de sa conquête de la terre de Canaan.
On sait même aujourd’hui que cette terre était en fait sous domination égyptienne à l’époque de la fameuse conquête mentionnée par la Bible et on voit mal comment la "superpuissance" de l’époque aurait pu non seulement laisser s’échapper un peuple entier d’esclaves, mais aussi le laisser semer la terreur à travers l’une de ses principales provinces.
Certains récits bibliques hauts en couleur, comme la chute des murs de Jéricho, sont décrédibilisés par des découvertes archéologiques révélant que les villes de l’époque n’avaient pas de murailles.
On s’étonne aussi de ne trouver nulle mention hors des sources bibliques du règne du roi Salomon, présenté dans la Bible comme un puissant souverain universellement connu.
Aux yeux des historiens et des archéologues, il apparaît clairement que les Hébreux étaient un peuple de très petite taille, probablement d’origine nomade, qui s’est sédentarisé en terre de Canaan.
Son passage en Egypte, comme l’existence de Moïse, sont douteux, sans être exclus. A l’époque de la royauté, Jérusalem était une bourgade assez insignifiante de quelques milliers d’habitants et ses rois des potentats locaux.
Reste la question de l’écriture de la Torah.
L’idée d’un texte écrit par Moïse, certitude à laquelle restent encore attachés de nombreux juifs et chrétiens, a fait long feu depuis longtemps pour les esprits critiques.
En 1670, le penseur juif Baruch Spinoza écrivait déjà dans son Traité théologico-politique :
"II apparaît plus clair que la lumière du jour que le Pentateuque n’a pas été écrit par Moïse mais par un autre qui a vécu bien des siècles après lui" (chapitre 8).
Cette thèse, qui lui valut d’être exclu de la synagogue, sera confirmée au cours des siècles suivants par le progrès des connaissances historiques et linguistiques, qui mettront au jour plusieurs documents de styles et d’origines très divers.
Ces sources ont été pour la plupart écrites, mais surtout rassemblées et unifiées, entre le VIIe siècle et le V siècle avant J.C. , dans le contexte traumatisant de l’effondrement du royaume d’Israël (- 721), puis de l’exil à Babylone des habitants du royaume de Juda (- 587), par des scribes judéens soucieux de sauvegarder leur identité nationale fondée sur une alliance avec le Dieu unique.
L’impuissance politique de la nation juive a alors. été compensée par une écriture de son histoire et de son lien particulier au Dieu unique, censée garantir son existence sociale et morale.
Dans ce contexte, le premier Livre de la Torah, la Genèse, traduit d’abord le souci de faire remonter le passé et l’histoire du peuple hébreu jusqu’aux origines de l’humanité, par généalogies successives d’Adam à Noé, puis de son fils Chem (ancêtres des peuples sémites) à Eber (ancêtres des Hébreux) jusqu’à son lointain descendant Abraham, qui contractera l’alliance avec Dieu et dont le petit-fils, Jaqob, prendra le nom d’Israël et sera le père de douze fils, donnant leur nom aux douze tribus d’Israël.
L’étude historique et textuelle des onze premiers chapitres de la Genèse met au jour des sources hétérogènes, qui ont été combinées entre elles dans un ordre ne respectant pas leur chronologie.
Elle montre aussi les nombreux emprunts à des aires culturelles diverses, dont le plus manifeste est le récit du déluge et de l’arche de Noé, calqué presque dans ses moindres détails sur le récit de Hatra-Asis rapporté dans l’épopée de Gilgamesh, récit que l’on peut dater du XVIIIe siècle avant J.C., donc bien avant la rédaction réelle (ou même stipulée par la Tradition) de la Genèse.
L’emprunt de nombreuses sources mésopotamiennes tend d’ailleurs à confirmer que certains documents de la Genèse ont été écrits durant la déportation à Babylone ou après le retour de l’exil, dans la seconde moitié du VI° siècle avant J.C. Lectures et interprétations du Texte.
L’analyse historicocritique démystifie le texte biblique et incite le lecteur moderne à ne pas le prendre au pied de la lettre.
Qui peut encore soutenir, à partir des chronologies bibliques, que le premier couple humain a été créé par Dieu il y a un peu moins de six mille ans ?
La lecture fondamentaliste, même si elle est encore pratiquée par de nombreux juifs religieux et des chrétiens évangéliques convaincus que la Torah est une oeuvre unique écrite par Moïse, est insoutenable d’un point de vue rationnel.
Le texte demande à être interprété.
L’interprétation historicocritique est-elle pour autant la seule légitime ?
D’un point de vue purement rationaliste, très probablement.
Du point de vue du croyant, il en va tout autrement.
Pour lui, l’analyse matérielle des textes en montre l’écorce, permet d’en comprendre la composition plurielle et parfois de se faire une idée sur le contexte d’élaboration du récit et l’intention théologique ou politique des rédacteurs.
Tout cela est fort précieux à connaître.
Mais l’intention des rédacteurs est-elle épuisée par l’analyse historique et sociologique ?
Le sens du texte est-il entièrement donné par la littéralité ?
Le croyant est convaincu qu’il existe d’autres niveaux de lecture que la lecture littérale et matérielle du texte et d’autres intentions de rédaction ou d’assemblages que les seules motivations contingentes.
Cela pour au moins deux raisons.
D’abord parce que ceux qui ont écrit ces textes croient aussi en l’existence de Dieu et s’interrogent - de manière très ouverte et contradictoire - sur des questions essentielles comme l’éthique, le mal, la faute, le salut.
Ces scribes qui ont écrit les textes bibliques, très certainement d’ailleurs à partir de traditions orales plus anciennes, n’ont pas simplement agencé des sources diverses dans un "copié-collé" approximatif, mais selon une logique théologique, spirituelle et même symbolique cohérente, qui n’apparaît pas nécessairement à l’observateur extérieur, lequel ne partage pas la foi de ces rédacteurs et ne scrute pas le texte avec le coeur.
Nous touchons là à un point crucial de l’interprétation.
Car s’il est légitime de lire et d’interpréter un texte religieux, qui se prétend révélé ou inspiré, avec les outils de la raison de type aristotélicienne et cartésienne (qui a permis le développement de la science), il est aussi possible de le lire avec une autre rationalité, qui laisse plus de place à l’intuition, à la dimension symbolique, au coeur, à la foi.
On trouvera alors d’autres liens organiques, d’autres logiques, d’autres sens et d’autres intentions à l’oeuvre dans le texte, que celles que mettra en lumière le savant rationaliste.
Certes, ces sens et ces logiques ne pourront jamais être prouvés de manière scientifique.
Ils pourront être reconnus par une communauté de croyants, par des personnes qui scrutent les Ecritures avec leur coeur et leur intuition, mais ne peuvent prétendre à un statut de vérité similaire aux conclusions de l’exégèse scientifique.
Sont-ils pour autant moins vrais ?
Ils renvoient en fait à un autre ordre de vérité, plus intérieur et subjectif, porté par la foi et par une logique symbolique.
C’est aussi la raison pour laquelle, si on se doit de respecter les lectures croyantes ou qui relèvent d’une autre rationalité que la rationalité scientifique, il faut aussi se méfier de ceux qui affirment que la Torah (ou la Bible chrétienne ou le Coran) possède une structure mathématique qui prouve son caractère scientifique, qu’elle recèle un code secret déchiffrable par l’informatique annonçant tous les événements de l’humanité, etc...
Ces discours apologétiques, qui ont pour but affiché de réconcilier la foi et la raison, produisent le résultat inverse car ils présupposent ce qu’ils sont censés démontrer et tendent seulement à utiliser des fragments de méthodes ou de connaissances scientifiques pour prouver que les Ecritures sont de nature divine et révélée.
Ce délire interprétatif, qui est parfois issu de certains cercles occultistes se réclamant de la Kabbale, dissimule l’essentiel : il existe assurément plusieurs niveaux de lecture du texte biblique (comme de tout texte d’ailleurs).
Cela est d’autant plus manifeste pour la Bible hébraïque - et c’est la deuxième raison pour laquelle la lecture historico-critique ne peut de toutes façons épuiser le sens du texte.
Car ce Livre est avant tout une oeuvre hébraïque, c’est essentiel.
Il a d’abord été écrit dans un hébreu consonantique, c’est-à-dire dans lequel les voyelles ne sont pas indiquées par le scribe.
Dans un tel cas de figure, l’interprétation du texte est obligatoire car un mot sans voyelles ne veut rien dire, ou plutôt revêt plusieurs significations selon les voyelles que l’on va placer entre les consonnes.
Prenons l’exemple de la racine D-B-R qui forme un mot fréquemment utilisé dans la Bible.
DaBaR signifiera "parole", mais DeBeR "peste", DoBeR "pâturage" ou encore DeBiR "Saint des saints".
La Bible hébraïque a progressivement été fixée dans une certaine lecture par introduction d’une ponctuation au-dessus ou au-dessous des consonnes indiquant les voyelles et certains accents.
Mais le fait même que la première écriture de la Bible hébraïque était uniquement consonantique a conduit les rabbins à proposer une variété infinie d’interprétations du texte en revenant à la racine des mots.
Telle est une des sources de ce que le judaïsme appelle la "Torah orale", transcrite dans le Talmud, tradition interprétative ouverte qui ne cesse depuis plus de deux mille ans d’interroger le texte hébreu et de lui trouver des sens nouveaux ou cachés.
Cette particularité de la langue hébraïque (que l’on retrouve aussi dans la langue arabe) montre non seulement que la lecture littérale fondamentaliste ou historico-critique ne pourra jamais épuiser le sens du texte, mais aussi que celui-ci s’ouvre spontanément à une dimension symbolique.
Entre une lecture de type fondamentaliste et une lecture de type scientifique qui, dans les deux cas, matérialise le texte, il existe donc d’autres espaces d’interprétation possibles de la Bible.
Chaque lecteur, selon ses croyances, ses questions personnelles, son niveau de conscience, ses outils de lecture rationnelle, intuitive ou affective et son contexte socioculturel, va lire et interpréter le texte différemment.
Il y trouvera un sens qui lui parlera et qui rejoindra peut-être parfois l’intention profonde de l’auteur.
Les juifs appellent midrach, "enquête infinie", cet effort d’interprétation qui n’est autre qu’une mise en relation du texte institué avec un lecteur en quête de sens.
La lecture de la Bible est donc toujours ouverte, vivante, actuelle, renouvelée et c’est la raison pour laquelle le Talmud tient une place presque comparable à celle des Ecritures saintes dans la vie des communautés juives.
Certains croyants affirment d’ailleurs que si la Torah est révélée, c’est justement parce que jamais personne ne pourra en dire le sens ultime. Le choc des interprétations et l’ouverture infinie à la Transcendance sont au coeur de la lecture juive de la Torah.
Dans son très beau livre L’Univers hébraïque, le penseur juif contemporain Armand Abécassis écrit ainsi :
"L’univers du Sens demeure transcendant : le texte nous en ouvre l’accès sans jamais nous le donner.
Considérer celui-ci comme révélé, c’est s’interdire de parvenir à son sens ultime puisqu’il ne peut être que médiateur, voie possible qui place le lecteur face à l’exigence absolue et impossible à combler La sainteté de la Torah lui vient de la relation que le lecteur entretient avec elle par sa lecture, c’est-à-dire par l’interprétation qu’il en fait. Celle-ci illustre le mouvement de transcendance qui la tire constamment vers l’au-delà et vers l’ailleurs".
A la lecture de ses ouvrages, cette triple alliance du symbolisme hébraïque, de la foi chrétienne et de la psychologie jungienne me séduisit d’emblée, étant moi-même, au-delà de ma formation universitaire philosophique et sociologique, un chrétien passionné par la culture juive et la psychologie des profondeurs.
A la différence d’Annick de Souzenelle, j’étais incapable de déchiffrer l’hébreu et j’étais donc très impatient de voir comment, à partir d’une lecture des trois premiers chapitres de la Genèse, on pouvait, comme me l’affirmait l’auteur, découvrir une anthropologie religieuse d’une richesse insoupçonnée, donnant tout son sens à l’existence humaine.
Afin de rester l’esprit le plus ouvert et vierge possible, je décidai de ne pas lire Alliance de Feu, la somme que l’auteur avait déjà consacrée à cette question.
Nous nous rendîmes en Dordogne à Sainte-Croix, une chaleureuse petite communauté orthodoxe à laquelle Annick de Souzenelle est rattachée et où elle donne des séminaires sur la Bible depuis de nombreuses années.
Notre intention était de réaliser un petit livre d’entretiens destiné à un public non initié. Annick de Souzenelle commença devant moi son travail de traduction mot à mot du texte biblique à partir de l’hébreu et je l’écoutais attentivement, prêt à intervenir dès qu’une explication me paraîtrait discutable ou peu claire.
Très vite, pourtant, l’expérience tourna court.
Chaque traduction suggérée par l’auteur, chaque interprétation, me semblait éminemment discutable !
Mon esprit critique ne pouvait rester en veilleuse et, si je trouvais les conclusions de l’auteur souvent passionnantes, je ne pouvais la suivre sur le terrain de la démonstration.
Je la trouvais à la fois trop peu intéressée par les considérations d’exégèse critique qu’elle ignorait volontairement et trop sûre de ses choix de traduction et d’interprétation.
Le dialogue, pour être honnête, ne pouvait que prendre la forme d’une contradiction incessante sur chaque mot ce qui aurait abouti à une somme encore plus monumentale qu’Alliance de feu !
Cette discussion infinie ne pouvant avoir lieu, nous avons longuement réfléchi pour savoir si ce livre avait encore une raison d’être et, si oui, quelle forme il pourrait prendre.
Personnellement, même si j’en discutais la méthode, j’avais perçu la profondeur du regard que portait Annick de Souzenelle sur ces versets et son interprétation me parlait.
Autrement dit, si la partie critique de mon intelligence restait fermée, mon intelligence du coeur s’était ouverte.
L’auteur, en effet, renversait totalement la perspective habituelle de ce texte et en faisait non plus une lecture historique (nos ancêtres Adam et Eve, le péché originel et la chute, etc.), mais ontologique et toujours actuelle (le féminin et le masculin de l’être, la manière dont nous nous détournons de notre véritable finalité en situation d’exil de nous-mêmes).
Les questions du rapport entre l’homme et Dieu, du mal et de la violence, de la sexualité et de l’amour étaient revisitées de manière très originale.
Il me semblait qu’il fallait donc renoncer à un livre de dialogue contradictoire et proposer au lecteur un ouvrage différent :
après cette introduction dans laquelle j’ai mis librement en perspective le travail d’Annick de Souzenelle, je lui demanderai par quelques brèves questions d’exposer son intention, puis nous dialoguerons ensemble sur les principaux thèmes mis en jeu par sa lecture, ainsi que sur la méthode qu’elle sollicite pour ce faire ; à la suite de quoi, elle proposera une synthèse de sa traduction et de son interprétation des trois premiers chapitres de la Genèse en montrant les grandes "lois ontologiques" qui instituent en tête de la Bible, selon sa lecture, une anthropologie fondamentale.
Pourtant, le dialogue qui va suivre a été réalisé après que j’ai eu connaissance de la traduction et de l’interprétation d’Annick de Souzenelle.
Dans un premier temps nous pensions naturellement le placer à la suite du texte d’Annick.
C’est sur une proposition de notre éditeur que nous avons finalement choisi de le placer en amont de ce texte afin d’en faciliter l’accès et la lecture.
Toutefois, certains lecteurs préféreront sans doute revenir à l’ordre initial et nous les invitons donc à lire maintenant le commentaire d’Annick de Souzenelle des trois premiers chapitres de la Genèse (page 105).
Ils reviendront ensuite à ce dialogue.
© Frédéric Lenoir
 
 

Les ouvrages d'Annick de Souzenelle

Le livre des guérisons
Le Seigneur et le Satan - Au-delà du bien et du mal
Le Symbolisme Du Corps Humain Annick De Souzenelle
Annick De Souzenelle Trilogie
Va Vers Toi Annick De Souzenelle
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La Lettre Chemin de Vie Annick De Souzenelle
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Job Sur Le Chemin De La Lumiere Annick De Souzenelle
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Arc Et La Fleche Annick De Souzenelle
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Resonances Bibliques Annick De Souzenelle
Alliance De Feu Tome 1 Annick De Souzenelle
Alliance De Feu Tome 2 Annick De Souzenelle
Le Baiser De Dieu Annick De Souzenelle
Nous Sommes Coupes En Deux Annick De Souzenelle
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