• ANNICK DE SOUZENELLE
    ANNICK DE SOUZENELLE
  • ANNICK DE SOUZENELLE
    Ecrivain d'inspiration jungienne car ses écrits s'inscrivent et s'inspirent de la psychologie jungienne, mieux nommée psychologie analytique.
  • ANNICK DE SOUZENELLE
    Après des études de mathématiques, Annick de Souzenelle a longtemps été infirmière anesthésiste, puis psychothérapeute.
    Anciennement catholique, elle se reconvertit à la religion orthodoxe, et apprend la théologie, ainsi que l'hébreu.
  • ANNICK DE SOUZENELLE
    Elle poursuit depuis une trentaine d'années un chemin spirituel d'essence judéo-chrétienne, ouvert aux autres traditions.
    Elle est l'auteur de nombreux ouvrages de spiritualité.
  • ANNICK DE SOUZENELLE
    Sa recherche s'inspire de la spiritualité cabaliste.
Les ouvrages d'Annick de Souzenelle

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"Le Symbolisme du Corps Humain" édité en 1991 jusqu'au dernier "Le livre des guérisons" paru en Mai 2017 :

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Oedipe intérieur

Si nos mythologues s'accordent à opposer Muthos et Logos, les racines mêmes de leur nom, si, en raccourci, ils les font relever, l'un du cerveau droit, qui ouvre au mystère, aux espaces potentiels de l'intériorité de l'Homme, à la mélodie..., l'autre du cerveau gauche qui préside à la parole, à la logique, au temps et aux rythmes, ne pouvons-nous enfin tenter de les unir pour conduire notre pensée vers une plus grande profondeur des choses et libérer nos mythologues de cette schize dans laquelle nombre d'entre eux s'aliènent ?
Je ne veux pas parler ici des "mythes" forgés au cours de l'Histoire à partir d'entités auxquelles l'Homme a donné arbitrairement valeur d'axiomes, mais de ceux qui fondent chacune des grandes traditions du monde.
De ces mythes fondateurs, la source nous échappe radicalement ; ils postulent un "surunivers" de qualité divine et ont tout d'abord donné naissance aux différentes cultures, voire aux diverses religions, dans le sens où l'Homme a toujours eu un besoin impératif de se relier à l'invisible, au mystère, à Dieu.
Les religions se sont exprimées à travers rites et croyances ; les cultures à travers le théâtre, les chants, les arts, qui tous ont façonné et structuré le corps et l'âme des sociétés dont elles étaient le lit.
Dans ce sens, le mythe semble être au collectif ce qu'est le rêve à la personne.
Nous savons aujourd'hui que, privé de ce temps nocturne du sommeil paradoxal pendant lequel il rêve, l'Homme meurt.
Une société privée de ses mythes fondateurs n'est-elle pas menacée de mort ?
Rêves et mythes ont une source également mystérieuse à laquelle va se désaltérer d'une façon tout aussi mystérieuse, mais indiscutablement opérative, une part secrète de l'être ; secrète, palpitante comme un parfum, tisserande du souffle...
L'instinct de vie irrépressible de l'Homme fait revenir actuellement celui-ci vers ces récits mythiques avec d'autant plus de force qu'en hypertrophiant l'hémisphère gauche du cerveau, notre civilisation a quasiment voué à l'oubli l'hémisphère droit.
Les formations scolaires et universitaires ont surdéveloppé le Logos et rendu muet le Muthos.
Muein, "se taire", de même racine que Muthos, a dévié du silence contemplatif vers un silence négateur et mortifère.
Sous l'implacable logique de ses techniques les plus grandioses mais aussi les plus menaçantes, en tout état de cause réductrices de sa personne, l'Homme étouffe ; son hémisphère cérébral droit se révolte et l'Homme demande à son âme un rendez-vous de toute urgence.
Aujourd'hui le retour aux mythes se révèle être l'exigence d'un retour aux rites porteurs de sens et récréateurs de la société ; et du même coup, pour les jeunes sciences humaines, l'exigence d'axiomes à partir desquels elles dépasseront leur champ de travail psychologique pour découvrir leur dimension ontologique et contribuer à ouvrir chaque personne à la profondeur de ses origines.
Il ne fait pas de doute, en effet, que le mythe est le récit des origines.
Mais de quelles origines est-il question ?
Lorsque notre propre Tradition, par exemple, pose d'entrée de jeu dans le Livre de la Genèse le mot hébreu Bereshit qui n'a jamais voulu dire "au commencement" mais "dans le principe", elle n'en appelle pas à notre historicité et nous porte à méditer sur "l'orient", le "très antique" en nous, sur l'espace-temps de nos origines intérieures, celles de l'Etre.
Pour rendre compte de cet "en dedans", le mythe utilise les matériaux narratifs qui nous sont connus dans notre monde extérieur ; mais alors que ce dernier reste plat et linéaire quand on ne sait pas lier les événements le constituant à leur véritable cause, le monde intérieur que décrivent les mythes se déploie quant à lui en une sorte de spirale dont chaque anneau fait résonner le récit au niveau de conscience auquel le lecteur est susceptible d'accéder.
La "conscience" est ici l'expérience personnelle d'un éveil intérieur à une réalité insoupçonnée jusque-là, et ceci à différentes octaves correspondant aux progressives dimensions du Réel qui se laisse appréhender.
Ce Réel est à l'intérieur comme à l'extérieur de nous ; cosmos intérieur et cosmos extérieur sont les deux pôles d'une même réalité, mais l'Homme étant actuellement bloqué au stade du premier anneau de la spirale, nous n'en percevons que l'immédiateté du dehors, sorte de coque dure qui cache le fruit.
Ce n'est que dans la réalisation de l'immense potentiel d'énergies constituant son cosmos intérieur que l'Homme dans sa personne peut atteindre à ces étapes d'expérience ou l'énergie, devenue information, construit les champs de conscience successifs nouveaux.
(L'énergie non réalisée s'exprime en violence parfois créatrice mais souvent destructrice à l'extérieur ou s'imprime en nous dans la maladie.)
Cette expérience de la pulpe du fruit, voire du noyau lui-même, si je poursuis cette métaphore, ne peut être que subjective et liée à la puissance transformante et informante de l'esprit en l'Homme, la puissance de l'Eros ; elle est celle des mystiques de toutes les traditions ; elle est alors objective pour ceux-là qui communient au même Réel ; elle est en train de devenir objective aussi dans un collectif encore restreint que forme une aile avancée des physiciens de la physique quantique, lorsqu'ils parlent de ces différents niveaux du Réel comme du déploiement
d'un univers "replié" ou "impliqué" - le "surunivers" -, où tout est connecté, où tout ne fait qu'un !
Pour ces physiciens, cet univers est celui-là même de la conscience ; il est celui de nos origines, celui du Principe de tout être.
Noyau de l'Etre et clef de voûte du Réel, il rejoint le "Vide" du Tao comme "l'Ailleurs" d'Einstein, ou encore le "Rien" de notre propre Tradition, dont on ne peut plus dire aujourd'hui qu'il n'est rien, pas plus que, pour ces physiciens, le Vide n'est vide !
En cet "Ailleurs" qu'est l'au-delà du cône de la lumière et dont la trame, disent-ils, est formée de tachyons - particules de masse nulle -, le temps est aboli et l'univers infini est celui d'un présent éternel - JE SUIS.
Là est l'articulation bouleversante de la physique et de la mystique : JE SUIS est YHWH, le Dieu de la Bible, Fondement du Créé, Principe de Vie, dont le Christ dit qu'Il est Celui-là : "Avant qu'Abraham fût, JE SUIS".
Mais Il dit aussi :
"Si vous ne croyez pas que JE SUIS, vous resterez dans votre péché".
De ce "péché", les autres traditions parlent aussi ; leurs mythes se font écho les uns les autres :
chez les Grecs, Prométhée dérobant le feu du ciel dans la forge d'Héphaïstos au lieu d'être introduit par la voie juste en ce lieu pour y conquérir le matériau divin ; Pandore (tous les dons), son épouse, ouvrant la boîte interdite et laissant échapper les énergies qu'elle ne sait pas plus gérer que Prométhée ne peut maîtriser le feu ; Thésée soulevant avant l'heure la pierre révélatrice de ses origines royales et tuant le Minotaure de sa massue de cuir sans avoir appris à manier l'épée d'or ; Dédale et Icare, et tant d'autres.

Chez les Dogons d'Afrique, Amma le dieu créateur ne se trouve-t-il pas devant l'obligation de refaire le monde qui s'était éparpillé dans un grand désordre ?
Chez les Hébreux, les hommes de la tour de Babel qui, tournant le dos à leur orient, se répandent dans la plaine de Shinéar ("où l'on crie" et "l'on titube") et construisent là une tour prétentieuse, certains, tel Icare,
d'atteindre le ciel et bientôt dispersés dans l'errance...
Tous sont frères et soeurs d'Adam, chassé du jardin d'Eden après avoir mangé le fruit de l'Arbre de la Connaissance qu'il n'avait pas mûri en lui-même!
Je pourrais multiplier les exemples pour confirmer ce que dit le mythe : l'Homme venant en ce monde, même s'il refuse de le savoir, est, dès le départ, étranger à lui-même ; il est "dans le péché".
Cette expression culpabilisante hors d'un juste contexte biblique (nous le verrons à travers l'étymologie du mot) a été rejetée par les sciences humaines, ce qui peut se comprendre, mais celles-ci ont rejeté du même coup la réalité de l'état que cette expression dénonçait, ce qui revenait à le normaliser.
Autrement dit, les sciences humaines telles qu'elles sont enseignées en faculté nous installent dans une situation d'exil de nous-mêmes, situation labyrinthique qui se joue sur la scène psychique - celle de la psyché animale -
sans aucune autre levée de rideau possible.
Elles donnent valeur d'absolu au "moi" et à la fonction sexuelle qui envahissent cette scène, ignorant la dimension Verbe à laquelle conduit l'Eros au-delà du sexe, comme celle du vrai "Je" - le "JE SUIS en devenir" de tout être - au-delà du moi-ego ; elles ne nous guident aucunement vers nos origines, dans ces parts de l'être où l'Homme pourrait traverser son mystère, vivre sa poétique prophétique, son sacre royal et trouver son identité divine.
Je rends grâce cependant aux hommes et aux femmes dont Jung est le chef de file, qui ont osé se différencier de "l'Institution" celle qu'était pour Jung l'autorité freudienne à son époque, et qui ont percé le mur de l'exil pour entrer à l'écoute du divin en eux et dans leurs patients ; leur travail se poursuit dans l'ombre et n'en est peut-être que plus dense.
Mais "l'Institution", quant à elle, continue de maintenir l'Homme aveugle et sourd à son mystère, boiteux aussi - cette infirmité est un mythologème important retrouvé dans diverses cultures - car, identifié à l'infime part "lumière", émergée, qu'il connaît de lui, confondu avec le potentiel qui constitue son côté "ténèbres", l'Homme ne peut travailler ces dernières ; symboliquement il ne marche que sur un côté de lui, et le drame est qu'il ne le sait pas ; il est boiteux et n'en a nulle conscience ; identifié au pôle lumière, il donne une enflure au moi-ego que plus ou moins il déifie, ne cherchant pas à entrer en résonance avec JE SUIS.
En exil de lui-même, coupé de ses ténèbres et du noyau fondateur divin qu'elles recèlent, il est en exil de Dieu.
Dans cette situation, au lieu d'opérer le Grand Oeuvre, la transmutation en or symbolisant l'Homme relié à lui-même, de nombreux aspects des religions ne font que du "plaqué or".
On peut alors penser que ce qui différencie cet Homme du schizophrène abîmé dans son seul monde intérieur, ses ténèbres, sans pouvoir de communication avec le monde extérieur, consiste en ce qu'il reste, lui, coupé de son intériorité et investi dans le seul monde extérieur où il n'a qu'illusion de relations ; mais il a normalisé cette pathologie et en a fait la référence de santé !
Qui sait si certains schizophrènes ne sont pas plus proches que lui de leur ontologie ?
Si j'ai parlé plus haut de la schize du mythologue, sans aucun doute est-ce parce que celui-ci reste fidèle à l'Institution plus qu'à lui-même et que l'Institution se veut conforme au monde de l'exil qu'elle a, ai-je dit, normalisé ; il oppose alors Muthos et Logos et; pour n'être pas boiteux, il réduit le mythe à sa propre logique.
Mais si le mythe est l'histoire de notre intériorité, il ne peut conduire qu'au Logos, au Verbe fondateur dont il est le messager.
En chemin, chaque anneau du Réel, chaque terre intérieure construite, chaque niveau de conscience atteint, comporte sa logique interne, icône du Logos, qui le structure et lui donne force de pénétration puis d'envol pour une prochaine étape.
Muthos et Logos, dans cette perspective, sont Esprit et Verbe ; inséparables l'un de l'autre, ils s'épousent et se distancient pour s'épouser encore jusqu'à n'être plus qu'un dans la dernière terre, la "Terre promise", où l'Homme est JE SUIS. Le mot "péché", aussi bien en hébreu (Hata) qu'en grec ('Amartia), signifie "viser à côté, manquer la cible" ; il dénonce la conséquence inévitable de cet état d'exil où l'Homme, séparé de lui-même et donc des autres, enflé dans son moi-ego et ayant peur des autres, se vit en rapport de force avec eux et tue ; il dénonce le meurtre.
Ce n'est d'ailleurs qu'à l'occasion du meurtre d'Habel par Qâin que le mot "péché" apparaît dans le récit biblique, et pour désigner davantage celui qui fait manquer la cible - le Satan ennemi - que le fait de manquer la cible :
"Le péché se couche à ta porte, il porte son désir sur toi..."
Dans l'esprit du mythe biblique, la cible est l'origine même de l'être, son orient qui a force de principe et de finalité.
Adam est appelé à retourner à son origine, enrichi de l'information-connaissance acquise à partir des énergies qui sont en lui à l'état potentiel dès le départ et que, par la puissance de l'Esprit, il a à réaliser.
Lorsque la flèche de l'Eros ne vise plus ce but, elle tue ! Et nous ignorons cela !
Redoutable ignorance qui nous maintient dans la tragique lignée symbolique des descendants de Qaïn ou de ceux de Prométhée avant que, au maximalisme de leur souffrance, ces deux héros ne se retournent.
Comment effectuer ce retournement ?
Comment sortir de cette situation d'exil et devenir en JE SUIS ce "Je" unique qui se sait universel ?
Comment retrouver le chemin de notre origine ?
Que faire pour nous réorienter ?
N'est-ce pas obéir à l'ordre biblique "Va vers toi" donné par deux fois à Abraham par YHWH ?
N'est-ce pas nous mettre aux ordres de Krishna, avec Arjuna, dans la Bhagavad-gita ?
N'est-ce pas encore suivre les plus authentiques maîtres spirituels qui, quelle que soit leur appartenance religieuse extérieure, nous conduisent vers notre Christ intérieur ?
Comment entendre la voix du Christ historique qui est aussi le Christ intérieur de tout Adam, disant :
"Si vous ne croyez pas que JE SUIS vous resterez dans votre péché" ?

A cette question répond la libération de Barabbas, le "Fils du Père" est libéré de sa prison et remis dans l'axe de l'Arbre de la Connaissance, parce que Jésus, le Fils du Père, meurt et ressuscite en archétype sur l'Arbre de Vie.
Par là chacun doit entendre qu'il peut quitter la prison de l'exil, se libérer de ses chaînes et retrouver ses normes ontologiques, c'est-à-dire entrer en résonance en lui avec JE SUIS, un "JE SUIS en devenir", Fils du Père, sa véritable identité.

La quête de l'humanité chantée à travers le monde dans tous ses mythes, depuis toujours, n'est que celle-là, celle de sa véritable identité qui conditionne celle de Dieu :
"On ne peut aller au Père que par le Fils."

En ce récit évangélique, j'écoute battre le coeur du monde ; je suspends un instant mon souffle pour le reprendre à un autre rythme avec le lecteur afin d'introduire celui-ci dans l'instant lourd d'éternité où repose le secret du mythe.
Au début de ce travail, je disais de nos mythes fondateurs que leur source nous échappe radicalement et que, posés en axiomes, ils postulent un "surunivers" de qualité divine.
Il est temps maintenant de préciser ceci :
JE SUIS est la semence de l'Homme, l'Image divine qui le fonde, son "principe".
A l'inverse de Descartes, j'affirme que "JE SUIS, donc je pense, j'aime, je marche..."

La semence contient en promesse l'Arbre tout entier et l'Homme, sous cette irrépressible poussée, grandit ; il a grandi jusqu'ici selon une programmation subtile comme, en raccourci, se développe un enfant dans le ventre de sa mère.
Les six premiers mois de gestation en assurent la formation biologique et celle de sa psyché animale ; les trois derniers mois, dans une émergence irrésistible de JE SUIS, construisent l'identité de l'être, son premier "moi", icône de JE SUIS, inséparable d'une puissance de vie qui permettra plus tard au moi-ego de s'effacer devant le JE, et celui-là grandira vers JE SUIS en spiritualisant sa psyché.
J'ai proposé dans d'autres ouvrages d'entendre ce que signifiaient les Evangiles lorsque, au moment de la naissance du Christ, tout nous porte à contempler en cet enfant-Dieu l'émergence de JE SUIS dans l'humanité, en un temps homologue au sixième mois de gestation de l'Homme rappelant le sixième jour de la Genèse.
Avec le Christ, l'Instant insaisissable se laisse saisir, le Créé donne naissance à l'Incréé, l'éternité s'incarne dans le temps historique d'un sixième mois de gestation.
Des fondateurs de religions, des plus grands prophètes, des saints, aucun n'a pu dire de lui-même JE SUIS.
Tous n'étaient que sur le chemin du devenir.
Seul le Christ est JE SUIS, Fils de Dieu et Fils de l'Homme.
Sa vie historique est de toute éternité, elle habite chaque instant de l'Histoire depuis toujours et jusqû'à la fin des temps.
Dans ce sens, le Livre de la Genèse lui non plus n'est pas comparable aux autres Livres sacrés de l'humanité :
révélé par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï, dans un "bouche à bouche", du Verbe divin au verbe de l'homme, il est le Verbe vu par le peuple qui se tenait au bas de la montagne.

Les mythes bibliques sont une révélation directe ; ses récits historiques, une objectivation de notre histoire intérieure ; les Evangiles, le baiser du temps et de l'éternité.
Toute l'humanité en garde mémoire et les mythes qui s'enracinent dans l'éternité gardent mémoire du futur historique, de Celui qui est.
Le noyau fondateur de l'inconscient collectif des peuples est cette mémoire.
L'origine des mythes est ce dépôt secret que chaque culture a développé selon son génie propre et dont l'évocation réactive en chacun sa véritable identité enfouie sous les enflures du moi exilé...
Tous les peuples connaissent d'une connaissance secrète le mystère de l'incarnation, de la mort et de la résurrection du Christ.
Les mages venus d'Orient "sont venus pour l'adorer", puis, l'ayant vu, ils sont repartis dans leurs pays respectifs pour le faire connaître.
Ils ont abandonné leur sagesse pour s'incliner devant cette folie plus haute que la plus haute sagesse !
Ils savaient, mais ils ne connaissaient pas encore ; le temps historique était venu pour le monde, et le temps intérieur pour eux, d'épouser l'éternité, d'entrer dans l'expérience de JE SUIS.
Mais les peuples ne s'ouvriront que peu à peu à la conscience ontologique de ce qui est inscrit dans leur mémoire primordiale.
Aujourd'hui encore, comme je l'ai dit plus haut, ils se conforment à l'Institution qui les sécurise mais qui leur fait subir dans leurs personnes la même réduction que celle accordée aux mythes, dans le registre de l'exil.
Or je ressens l'urgence de cette reverticalisation de l'être, qui implique celle des mythes.
Echapons à ce "filet de l'oiseleur" qui conforte notre culture dans un ronron psychologique, pour l'élever au rang du seul vrai problème que nous posons à ce mystère de la vie, celui de notre réelle identité.
N'est-ce pas cette quête qui, en Grèce tout particulièrement, dès l'aube des temps, mobilise ses héros ?
L'énigme que pose la Sphinge à OEDIPE ne peut-elle être entendue, dans l'intensité d'un nouveau souffle ?
S'il est un mythe que les sciences humaines se sont approprié, avec Freud, c'est bien celui-là !
Elles ne le font cependant connaître, à travers le pansexualisme freudien, que dans les limites que n'avait pu dépasser le père de la psychanalyse.
Mais on est en droit d'opérer ce dépassement et d'entendre en ce récit archaïque amplifié par Sophocle une autre dimension du message.
Dans un ouvrage précédent, j'ai tenté de montrer que derrière le refoulement sexuel dénoncé par Freud se cachait un profond refoulement spirituel.
Cette réalité plus subtile n'a pas été décodée par Freud, mais elle éclate aujourd'hui, et nous devons sans doute ce phénomène en grande partie à celui qui a débondé le bouillonnant baril des interdits et qui, du même coup, a donné un élan irréversible à l'exigence d'un moi nouveau.
Ce moi nouveau, encore ignorant d'être un "JE SUIS en devenir", commence à chercher une réponse à son appel :
"Qui suis-je ?"

N'est-ce pas là, en profondeur, la quête d'OEDIPE ?
C'est dans cet esprit que je me retourne vers ce mythe en particulier, sans nier pour autant la valeur d'interprétation que lui donnent encore aujourd'hui les sciences humaines, mais sans non plus rester collée à elle ; je veux dire que le premier anneau de la spirale que j'évoquais plus haut et qui repose en terre d'exil ne doit pas rabattre en son espace carcéral le somptueux déroulement possible de ses autres anneaux.
J'aborderai donc ; dans les pages qui vont suivre, le mythe d'OEDIPE avec une nouvelle clé de lecture.
L'ancêtre d'OEDIPE, fondateur de la ville de Thèbes, est Cadmos lancé à la recherche de sa soeur, Europe, enlevée puis violée par Zeus.
Nous verrons que cette quête deviendra celle d'OEDIPE.
De son côté Europe donne au dieu de l'Olympe trois fils, dont Minos qui deviendra roi de Crète.
C'est au coeur labyrinthique de l'île que Thésée affrontera le Minotaure, monstre dont nous verrons la filiation avec Minos et donc avec Europe.
La mort du monstre m'amènera à reprendre la clé de lecture employée pour le mythe d'OEDIPE pour jeter un regard nouveau sur celui de Thésée.
Le héros qui oublie et abandonne sur une île Ariane, elle-même petite-fille d'Europe, nous révélera ses tristes limites.
La personne mythique d'Europe recouvre ces deux récits ; mais qui est-elle, elle-même, face au continent qui porte son nom et dont elle rêve qu'il va lui être donné, au moment même où Zeus quitte l'Olympe pour venir vers elle ?
L'Europe qui est en train de se construire ne peut-elle puiser dans ces mythes fondateurs de son histoire quelques précieuses informations ?
Je terminerai cet ouvrage sur cette nécessaire réflexion.

© Annick de Souzenelle
 
 

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